Quel lien entre corrosion et propreté particulaire?

Nous avons rencontré un expert de la corrosion et de la protection particulaire. Après un expérience de plus de 30 ans dans le groupe PSA en tant que spécialiste de la propreté particulaire et responsable technique de la protection temporaire, Jean-Michel Barzyk-Brommer est aujourd’hui chef de projet spécialisé dans la mise en place de moyens de protection contre la corrosion au sein d’ACOBAL. Une double casquette qui va nous permettre de mieux appréhender les solutions anticorrosion par le spectre de la propreté particulaire.

 

Jean-Michel bonjour !

Jean-Michel Barzyk-Brommer : Bonjour.

Pour vous en tant qu’expert, comment définiriez-vous la propreté particulaire ou plus simplement qu’est-ce que la propreté particulaire ?

Jean-Michel Barzyk-Brommer : La propreté particulaire est une nouvelle caractéristique qui a vu le jour dans l’industrie automobile depuis une douzaine d’années, elle définit la pollution en particules solides présente sur la surface d’un composant ou d’un ensemble de composants.

Elle est caractérisée par la mesure d’un niveau de pollution exprimée en nombre et taille de particules solides par unité de surface ou de volume.

Quelle peut-être l’incidence de la propreté particulaire dans le développement de la corrosion ?

Jean-Michel Barzyk-Brommer : La propreté particulaire peut être est un vecteur d’oxydation pour plusieurs raisons :

  • elle peut être porteuse d’oxydation, elle peut contaminer d’autres particules ou surfaces
  • elle peut empêcher une protection complémentaire en faisant barrière à une protection (huile ou VCI)
  • selon la nature du métal de celles-ci, possibilité d’effet de piles sur d’autres métaux (corrosion galvanique)

La lutte contre le développement de la corrosion fait appel à un large spectre de connaissances pluridisciplinaires. Quelles sont les solutions que vous développez ou proposez chez ACOBAL ?

Jean-Michel Barzyk-Brommer : La lutte contre le développement de l’oxydation fait appel à une connaissance du process du client, une visite (ou audit) doit nous permettre d’identifier les points critiques de celui-ci.

Pour cela, il faut identifier un certain nombre d’éléments et d’indicateurs majeurs pour établir un diagnostic complet :

  • La nature du métal, la forme, les dimensions, le poids de la pièce et le nombre de pièces
  • L’origine et état des bruts
  • Le process d’usinage (nature produit d’usinage, caractéristiques, plan de surveillance)
  • Le process de lavage (nature produit de lavage, caractéristiques, plan de surveillance, présence de chlorures, nitrates…)
  • Le niveau de filtration qui défini un niveau de propreté particulaire
  • Le process de conditionnement (conditionnement intermédiaire et final)
  • Le process de protection (protection complémentaire, VCI, respect des consignes)
  • La logistique (camion, train, bateau)
  • La durée et les conditions de stockage
  • Expertise des pièces (avant envoi ou à l’arrivée)

Quand on parle lutte contre la corrosion, on évoque souvent la technologie VCI. A quoi cela correspond exactement t’il exactement ?

Jean-Michel Barzyk-Brommer : La protection par VCI (inhibiteur de corrosion volatil) est un mode de protection anticorrosion par voie sèche, protection propre sans contrainte d’utilisation. Les surfaces protégées peuvent être peintes, soudées, manipulées sans contrainte de nettoyage ou de manipulation. 

Elle se substitue aux protections par huilage, papier gras, traitement de surface.

Le VCI peut être adapté sur différents supports : papier, housse, sachet et film polyéthylène, carton, capsules diffusantes, films étirables…

Qui sont vos principaux clients aujourd’hui ?

Jean-Michel Barzyk-Brommer : Nos clients aujourd’hui sont issus d’industries diverses et on ne peut pas parler de client type tant les secteurs d’application et les tailles des structures diffèrent. Nous apportons notre expertise au secteur automobile et à toutes les industries mécaniques. Nous intervenons également dans le secteur sensible de l’énergie nucléaire, dans les secteurs de l’armement militaire et civil. Nous avons également de nombreux clients dans le secteur aéronautique et de la distribution. Nous nous adressons autant aux grands groupes internationaux qu’à de petites PME.

Avez-vous des protocoles d’intervention spécifiques ?

Jean-Michel Barzyk-Brommer : Nous appliquons des protocoles que nous devons adapter à chaque client, même si des copiés-collés sont possibles. Il faut néanmoins s’adapter à l’environnement, au process, au budget et à la politique des entreprises. ACOBAL est certifiée ISO 9001:2015 aussi bien pour la vente que pour la conception et les prestations de conseils associées.

Alors, dans la lutte contre la corrosion, l’environnement et le contexte de chaque entreprise sont-ils uniques?

Jean-Michel Barzyk-Brommer : Chaque entreprise est différente et unique par sa taille, son appartenance à un groupe, son type d’industrie, son chiffre d’affaire, son portefeuille de clients, sa motivation et son climat. Il faut s’adapter à tous ces facteurs pour établir un « contrat de partenaire ».

Pensez-vous que la lutte contre la corrosion soit devenue un sujet stratégique de l’optimisation des coûts des entreprises ?

Jean-Michel Barzyk-Brommer : Généralement le facteur coût est le déclencheur pour rechercher des solutions de protection, la prévention n’est pas de mise dans toutes les entreprises.

La reprise des pièces, les opérations de désoxydation ne sont plus réalisables compte tenu de la baisse des stocks et de la livraison des composants directement dans les zones de montage.

La circulation des pièces dans le monde entier, notamment par bateau, doit être sécurisée avec des solutions de protection adaptées.

Existe-t-il de bonnes pratiques en matière de lutte contre la corrosion à respecter ?

Jean-Michel Barzyk-Brommer : Oui, les bonnes pratiques existent, mais elles ne peuvent pas toujours être appliquées pour plusieurs raisons :

  • vieilles habitudes
  • installations anciennes
  • impossibilité technique
  • coûts trop élevés

Les bonnes pratiques peuvent être dispensées au travers de formations, d’essais terrain ou en laboratoire.

Comment intervenez-vous concrètement chez vos clients ?

Jean-Michel Barzyk-Brommer : L’intervention chez un client peut avoir plusieurs origines lors d’une visite de courtoisie ou un appel suite à un problème technique. Généralement, je prends rendez-vous avec la personne concernée, souvent au service achat, méthode ou qualité… pour analyser le problème. Je visite les ateliers pour prendre des échantillons afin de les analyser en laboratoire. Je procède à une revue intégrale du process afin d’identifier toutes les causes possibles et je débriefe ensuite avec mon client des premières constatations avec la présentation de certaines recommandations. Une fois les résultats validés, je présente mon plan d’actions détaillé.

Comment analysez-vous toutes ces données terrain pour proposer des solutions adaptées ?

Jean-Michel Barzyk-Brommer : L’expérience acquise permet généralement de proposer des solutions adaptées, de même que l’appui technique des collègues et de notre centre Européen de recherches appliquées.

Quelles sont les principales problématiques que vous rencontrez chez vos clients ?

Jean-Michel Barzyk-Brommer : Ce n’est pas toujours facile d’avoir le bon interlocuteur au sein de l’entreprise car nous proposons des solutions technologiques qui servent à optimiser la productivité. Nous naviguons entre les directions techniques, achat, qualité et générale.

Quelles sont les attentes et les besoins de vos clients aujourd’hui ?

Jean-Michel Barzyk-Brommer : Les attentes des clients se résument en 3 points : Mieux, plus vite et moins cher. Les attentes techniques et économiques sont généralement opposées, il faut trouver le bon compromis et être au juste nécessaire. Les grands groupes, de leur coté, sont en recherche de partenariat et de délégation à des spécialistes techniques. La qualité du produit et le service dispensé restent les priorités des clients.

Vous avez une longue expertise dans le secteur automobile, et ce secteur a toujours été précurseur en matière de protection contre la corrosion. Est-ce également le cas pour la propreté particulaire ?

Jean-Michel Barzyk-Brommer : L’automobile a été effectivement précurseur en protection particulaire, elle a vite compris l’enjeu qualité et économique de ce sujet. Les principaux travaux, auxquels j’ai participé, ont été réalisés sur une durée de 4 ans. Sur le plan normatif, ils ont principalement concerné l’établissement de méthodes d’essais, de cahier des charges, la création de groupes de travail au sein de l’AFNOR, l’établissement de la norme ISO et la sortie de 10 méthodes d’essais ISO 16232.

Comment expliquez-vous que l’industrie automobile joue un rôle de précurseur dans la gestion de la corrosion ?

Jean-Michel Barzyk-Brommer : Il faut noter que le volume très important de pièces exportées à l’étranger représente des couts colossaux et une image de marque catastrophique en cas de crise d’oxydation. Les clients sont de plus en plus exigeants, de même que la technologie. Des services dédiés ont d’ailleurs pris en charge cette exigence.

Aujourd’hui, quels sont les autres secteurs en développement qui font appel à vos services ?

Jean-Michel Barzyk-Brommer : L’aéronautique avec une production qui monte en cadence continuellement est confrontée à des problèmes de stockage et de propreté. La diversité des métaux à protéger dans des logistiques internationales est une source de développement.

Au niveau de la recherche savons-nous tout de la propreté particulaire ?

Jean-Michel Barzyk-Brommer : On ne sait jamais tout d’une technique.

Les mesures de la propreté particulaire sont encore source de litiges entre les donneurs d’ordres et les équipementiers, notamment la mesure du nombre et de la taille qui restent quelque fois aléatoire. La nature, la forme, la dureté des particules seront des éléments à mesurer dans le futur pour ajuster au mieux les cahiers des charges fonctionnels.

Comment faites-vous évoluer vos recherches dans ce domaine chez ACOBAL ?

Jean-Michel Barzyk-Brommer : ACOBAL doit anticiper et se préparer à garantir un niveau de propreté particulaire sur ces produits de protection (huile, films, sachets et housses VCI). Cette mesure devra être prise en compte par les ateliers de production, elle devra figurer dans nos cahiers des charges.

Merci Jean-Michel Barzyk-Brommer et excellente journée.

 

Jean-Michel Barzyk-Brommer

Chef de projet Anticorrosion ACOBAL

jean-michel.barzyk@acobal.com

www.acobal.com

By |2018-11-02T16:02:37+00:00juin 20th, 2018|corrosion, expert, expertise|